
LA
NAISSANCE DU SPIRITISME

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« Bientôt, et le temps est proche, on arrivera à
démontrer que l’âme humaine peut vivre, dès cette
existence terrestre, en communication étroite et
indissoluble avec les entités immatérielles du monde
des Esprits ; il sera acquis et prouvé que ce monde
agit indubitablement sur le nôtre et lui communique
des influences profondes dont l’homme aujourd’hui n’a
pas conscience mais qu’il reconnaîtra plus tard ».
KANT. |
C’est un
phénomène de hantise qui attira l’attention sur les
manifestations des Esprits, en Amérique, au 19ème
siècle. Des coups, dont personne ne put deviner la cause,
se firent entendre pour la première fois en 1846 chez un
dénommé Veckmann, habitant la maison d’un petit village
appelé Hydesville dans l’Etat de New-York. Rien ne fut
négligé pour découvrir l’auteur de ces bruits mystérieux,
mais on n’y put parvenir. Six mois plus tard, en 1847,
cette famille quitta la maison qui fut alors habitée par
un membre de l’Eglise épiscopale méthodiste : M. John Fox
et sa famille, composée de sa femme et de ses deux filles,
Margaret alors agée de 14 ans et Kate, de 11 ans. La
famille Fox était composé de six enfants mais seule
Margaret et Kate vivaient alors avec leurs parents.
Pendant trois
mois ils y furent tranquilles, puis les coups
recommencèrent de plus belle. D'abord c'étaient des bruits
très légers, comme si quelqu'un frappait sur le parquet
d’une des chambres à coucher, et, à chaque fois, une
vibration se faisait sentir sur le parquet ; on la
percevait même étant couché. Le sol vibrait si fort que
les lits tremblaient et qu’on sentait cette vibration en
se tenant debout sur le plancher. Les coups se faisaient
entendre sans s’arrêter, il n'y avait plus moyen de dormir
dans la maison.
Le 31 mars
1848, madame Fox et ses filles, n'ayant pu dormir pendant
la nuit précédente, et harassées de fatigue, se couchèrent
de bonne heure, dans la même chambre, espérant ainsi
échapper aux manifestations qui se produisaient
ordinairement au milieu de la nuit. M. Fox était alors
absent. Bientôt les coups recommencèrent, et les deux
jeunes filles, réveillées par ce vacarme, se mettent à les
imiter en faisant claquer leurs doigts. A leur grand
étonnement les coups répondirent à chaque claquement,
alors la plus jeune des filles miss Kate voulût vérifier
ce fait surprenant ; elle fît un claquement, on entendit
un coup, deux, trois, etc., et toujours l'être ou l'agent
invisible rendît le même nombre de coups. Sa sœur dit en
badinant : « Maintenant faites comme moi, comptez un,
deux, trois, quatre, etc., » en frappant chaque fois dans
sa main le nombre indiqué. Les coups se suivirent avec la
même précision, mais ce signe d'intelligence alarmant la
jeune fille, elle cessa bientôt l'expérience.
Mme Fox dit
alors : « Compte dix. » L'agent frappa dix fois. La mère
posa une série de questions et les réponses données par
chiffres, montrèrent la plus grande connaissance de ses
propres affaires qu’elle n’en avait elle-même ; car les
coups insistaient sur le fait qu’elle avait sept enfants
tandis qu’elle protestait n’en avoir mis au monde que six,
jusqu’à ce qu’un septième, mort précocement, lui revînt en
mémoire. A cette question : « Êtes-vous un homme, vous qui
frappez ? » aucune réponse ne vint ; mais à celle-ci
« Êtes-vous un Esprit ? » il fut répondu par des coups
nets et rapides. On appela une voisine, Mme Redfield ; son
amusement se changea en émerveillement puis en terreur au
fur et à mesure qu’elle écoutait, elle aussi, les réponses
correctes à des questions intimes.
Madame Fox dit
alors à son interlocuteur invisible : « Si nous faisions
venir les voisins, les coups continueraient-ils à répondre
? » Un coup se fit entendre en signe d'affirmation. Les
voisins appelés ne tardèrent pas à venir, comptant
découvrir l’invisible frappeur par tous les moyens de
surveillance possible ; mais l'exactitude d'une foule de
détails ainsi donnés par coups, en réponse aux questions
adressées à l'être invisible, sur les affaires
particulières de chacun, convainquirent les plus
incrédules. Le bruit de ces choses se répandît au loin, et
bientôt arrivèrent de tous côtés des prêtres, des juges,
des médecins, et une foule de citoyens.
Les voisins
accoururent en foule tandis que se répandaient les rumeurs
à propos de cette merveille ; les deux enfants furent
emmenés par l’un d’eux tandis que Mme Fox allait passer la
nuit chez Mme Redfield. En leur absence, le phénomène se
poursuivit exactement comme avant, ce qui une fois pour
toutes réduit au silence toutes ces théories de craquement
d’orteils et de genoux disloqués que des gens parfaitement
ignorants des faits réels ont si souvent avancées. Tous
les moyens de surveillance furent pratiqués pour découvrir
l'invisible frappeur, mais l'enquête de la famille, et
celle de tout le voisinage, fut inutile. On ne put
découvrir de cause naturelle à ces singulières
manifestations.
Les expériences
se suivirent, nombreuses et précises. Le dimanche suivant,
la maison était pleine à craquer, plus de trois cents
personnes étaient présentes à ce moment-là. Les curieux,
attirés par ces phénomènes nouveaux, ne se contentèrent
plus de demandes et de réponses. L'un d'eux, nommé Isaac
Post, eut l'idée de réciter à haute voix les lettres de
l'alphabet, en priant l'Esprit de vouloir bien frapper un
coup sur celles qui composaient les mots qu'il voulait
faire comprendre. De ce jour, la télégraphie spirituelle
était trouvée : ce procédé est celui que nous verrons
appliquer aux tables tournantes.
Telle fut la
première conversation qui eut lieu dans les temps modernes
et que l'on ait constatée, entre les êtres de l'autre
monde et celui-ci. De cette manière, madame Fox parvint à
savoir que l'esprit qui lui répondait, était celui d'un
homme qui avait été assassiné dans la maison qu'elle
habitait, plusieurs années auparavant, qu'il se nommait
Charles B. Rosma, qu'il était colporteur et âgé de
trente-un ans, lorsque la personne chez laquelle il
logeait le tua pour avoir son argent et l’enterra dans la
cave. Des ossements humains furent effectivement trouvé
plus tard.
Voilà, dans
toute sa simplicité, le début du phénomène qui devait
révolutionner le monde entier. Nié par les savants
officiels, raillé par la presse des deux mondes, mis à
l'index par des religions craintives et jalouses, suspect
à la justice, exploité par des charlatans sans vergogne,
le spiritisme devait cependant faire son chemin et
conquérir des adhérents, dont le chiffre s'élève à
plusieurs millions, car il possède cette force plus
puissante que tout au monde : la vérité.
L’Esprit
engagea les jeunes filles à donner des séances publiques
dans lesquelles il convaincrait les incrédules de son
existence. La famille Fox alla se fixer à Rochester et,
suivant les conseils de leur ami de l'espace, ces jeunes
missionnaires n'hésitèrent pas à braver le fanatisme
protestant en proposant de se soumettre au plus rigoureux
contrôle.
Accusés
d'imposture et sommés par les ministres de leur confession
de renoncer à ces pratiques, M. et Mme Fox, se faisant un
devoir suprême de propager la connaissance de ces
phénomènes, qu'ils considéraient comme une grande et
consolante vérité utile pour tous, refusèrent de se
soumettre et furent chassés de leur Église. Les adeptes
qui se réunissaient autour d'eux furent frappés de la même
réprobation.
Les
conservateurs fanatiques amenèrent la population contre la
famille Fox. Les apôtres de la foi nouvelle offrirent
alors de faire la preuve publique de la réalité des
manifestations devant la population réunie à
Corynthial-Hall, la plus grande salle de la ville. On
commença par une conférence où furent exposés les progrès
du phénomène depuis les premiers jours. Cette
communication, accueillie par des huées, aboutit pourtant
à la nomination d'une commission chargée d'examiner les
faits ; contre l'attente générale, et contre sa conviction
propre, la commission fut forcée d'avouer qu'après
l'examen le plus minutieux, elle n'avait pu découvrir
aucune trace de fraude. Ils ajoutaient que ces coups
arrivaient sur les murs et les portes à quelque distance
des fillettes, occasionnant des vibrations sensibles. Ils
échouèrent entièrement à découvrir aucun moyen par lequel
on aurait pu les obtenir.
On nomma
aussitôt une seconde commission qui eut recours à des
procédés d'investigation encore plus rigoureux ; on fit
fouiller et même déshabiller les médiums, par des dames
bien entendu, toujours on entendit des rappings (coups
frappés dans la table), des meubles en mouvement, des
réponses à toutes les questions, même mentales ; pas de
ventriloquie, pas de subterfuges, pas de doute possible.
Second rapport plus favorable encore que le premier, sur
la parfaite bonne foi des spirites et la réalité de
l'incroyable phénomène. Il est impossible - dit Mme
Hardinge - de décrire l'indignation qui se manifesta à
cette seconde déception. Le rapport final déclara que
« les bruits étaient entendus et que leur examen complet
avait montré de façon décisive qu’ils n’étaient produits
ni par un mécanisme ni par ventriloquisme, bien que, sur
la nature de l’agent qui les produisait, ils fussent
incapables de se prononcer. »
Une troisième
commission fut immédiatement choisie parmi les plus
incrédules et les plus railleurs. Le résultat de ces
investigations, encore plus outrageantes que les deux
autres pour les pauvres jeunes filles, tourna plus que
jamais à la confusion de leurs détracteurs. Le comité
témoigna ensuite que leurs questions, certaines posées
mentalement, avaient reçu des réponses correctes.
La foule,
exaspérée, convaincue de la trahison des commissaires et
de leurs connivences avec les imposteurs, avait déclaré
que, si le rapport était favorable, elle lyncherait les
médiums et leurs avocats. Les jeunes filles, malgré leur
terreur, escortées de leur famille et de quelques amis, ne
se présentèrent pas moins à la réunion et prirent place
sur l'estrade de la grande salle, tous décidés à périr,
s'il le fallait, martyrs d'une impopulaire mais
indiscutable vérité.
La lecture du
rapport fut faite par un membre de la commission qui avait
juré de découvrir le truc, mais il dut avouer que la cause
des coups frappés, malgré les plus minutieuses recherches,
lui était inconnue. Aussitôt eut lieu un tumulte
effroyable : la populace voulut lyncher les jeunes filles,
et elles l'eussent été sans l'intervention d'un quaker,
nommé Georges Villets, qui leur fit un rempart de son
corps et ramena la foule à des sentiments plus humains.
On voit, par ce
récit, que le Spiritisme fut étudié sévèrement dès son
début. Ce ne sont pas seulement des voisins, plus ou moins
ignorants, qui constatent un fait inexplicable, mais des
commissions, régulièrement nommées, qui, après enquêtes
minutieuses, sont obligées de reconnaître l'authenticité
absolue du phénomène. Des tentatives pour démasquer des
fraudes dans les phénomènes eurent lieu régulièrement. Il
est à noter que cet événement, qui est à la naissance du
spiritisme, est sujet à de nombreuses déformations et
désinformations de la part des opposants au spiritisme.
Ainsi le Jésuite Lucien Roure, dans son ouvrage « Le
merveilleux spirite » prétend que personne ne s’était
posée la question de savoir si le phénomène était dû à la
supercherie et il laisse même insinuer que ceux-ci étaient
produits par le jeu de l’orteil ou de la cheville !
D’autres iront jusqu’à dire que la plus jeune des filles
était ventriloque ! Ces affirmations gratuites, sans
fondements, ne peuvent expliquer les effets des phénomènes
constatés, et leur authenticité affirmée par des
commission hostiles et fanatiques.
A Noter :
- Les coups
frappés avaient commencé avant l’arrivée des sœurs Fox.
- Nulle
suggestion ne peut expliquer ce phénomène puisque le
spiritisme n’est pas encore né.
- Nulle
manifestation inconsciente ne peut non plus expliquer ce
phénomène : on retrouve les ossements de l’Esprit qui se
communique conformément à ses dires.
- Les
phénomènes furent dès le début soumis à la plus sévère
critique et en ressortirent authentiques.
Pour en savoir
plus :
- Histoire du
Spiritisme de Arthur Conan Doyle. (chap. IV,
l’épisode d’Hydesville)
- Le
Phénomène spirite de Gabriel Delanne. (1ère
partie, chap. II)
- Le
Spiritisme devant la Science de Gabriel Delanne. (3ème
partie, chap. I, historique)
-
Dans
l’invisible de Léon Denis. (2ème partie,
chap. XVI)
- Le
Spiritisme du Dr Paul Gibier. (1ère partie,
chap. III)
- La Revue
Spirite 1998 - n° 36, p.39 et 37, p.22 (L’histoire
des sœurs Fox)
L’histoire des
sœurs Fox se répandit rapidement, et de toutes parts
eurent lieu des manifestations par le biais de ce qu’on
appelait alors la télégraphie spirituel. On se lassa
bientôt d'un procédé aussi incommode, et les frappeurs
indiquèrent eux-mêmes un mode nouveau de communication. Il
fallait simplement se réunir autour d'une table, poser
dessus les mains, et en se soulevant, la table frapperait
un coup, pendant qu'on réciterait l'alphabet, sur chacune
des lettres que l'esprit voudrait donner. Ce procédé, bien
que très lent, produisit d'excellents résultats, et l'on
eut ainsi les tables tournantes et parlantes.
Il faut dire
que la table ne se bornait pas à se lever sur un pied pour
répondre aux questions qu'on lui posait, elle s'agitait en
tous sens, tournait sous les doigts des expérimentateurs,
quelquefois s'élevait dans les airs, sans que l'on pût
voir de force la tenant ainsi suspendue. D'autres fois les
réponses étaient faites au moyen de petits coups, qu'on
entendait dans l'intérieur du bois. Ces faits étranges
attirèrent l'attention générale et bientôt la mode des
tables tournantes envahit l'Amérique entière.
La table
enseigna à nouveau un procédé plus prompt. Sur ses
indications, on adapta à une planchette triangulaire trois
pieds munis de roulettes, et à l’un d’eux, on attacha un
crayon, puis on mit l’appareil sur une feuille de papier,
et le médium posa les mains sur le centre de cette petite
table. On vit alors le crayon tracer des lettres, puis des
phrases, et bientôt cette planchette écrivit avec rapidité
et donna des messages. Plus tard encore, on s’aperçut que
la planchette était tout à fait inutile, et qu’il
suffisait au médium de poser simplement sa main armée d’un
crayon, sur le papier, et que l’esprit la faisait agir
automatiquement.
A côté des
personnes légères qui passaient leur temps à interroger
les esprits sur leurs problèmes de vie amoureuse, ou sur
un objet perdu, de graves esprits, des savants, des
penseurs, attirés par le bruit qui se faisait autour de
ces phénomènes, résolurent de les étudier
scientifiquement, pour mettre leurs concitoyens en garde
contre ce qu'ils appelaient une folie contagieuse. En
1856, le juge Edmonds, jurisconsulte éminent qui jouit
d'une autorité incontestée dans le Nouveau Monde, publia
un ouvrage sur des recherches qu’il avait entreprises avec
l’idée de démontrer la fausseté des phénomènes spirites ;
le résultat final fut diamétralement opposé et le juge
Edmonds reconnu la réalité de ces surprenantes
manifestations. Le professeur Mapes qui enseignait la
chimie à l'Académie nationale des États-Unis, se livra à
une investigation rigoureuse qui aboutit, comme la
précédente, à une constatation motivée, d'après laquelle
les phénomènes étaient bien dus à l'intervention des
esprits. Mais ce qui produisit le plus grand effet, ce fut
la conversion aux idées nouvelles du célèbre Robert Hare,
professeur à l'université de Pensylvannie, qui expérimenta
scientifiquement le mouvement des tables et consigna ses
recherches, en 1856, dans un volume intitulé :
Expérimental investigations of the spirit manifestation.
Dès lors, la
bataille entre les incrédules et les croyants s'engagea à
fond. Des écrivains, des savants, des orateurs, des hommes
d'église, se jetèrent dans la mêlée, et pour donner une
idée du développement pris par la polémique, il suffit de
rappeler que déjà, en 1854, une pétition signée de 15000
noms de citoyens, avait été présentée au congrès siégeant
à Washington pour le prier de nommer une commission
chargée d'étudier le « modern spiritualism » (c'est le nom
que l'on donne en Amérique au spiritisme). Cette demande
fut repoussée par l'assemblée, mais l'élan était donné et
l'on vit surgir des sociétés qui fondèrent des journaux où
se continua la guerre contre les incrédules.
En 1852, le 1er
Congrès « Spirite » (le mot n’était pas encore inventé)
eut lieu à Cleveland. Les spirites américains envoyèrent à
la suite du Congrès des médiums dans la vieille Europe. On
fit tourner les tables en France dès 1853. Il n'était
question dans toutes les classes de la société que de
cette nouveauté ; on ne s'abordait guère sans la question
sacramentelle : « Eh bien ! Faites-vous tourner les tables
? » Puis, comme tout ce qui est de mode, après un moment
de faveur, les tables cessèrent d'occuper l'attention, qui
se porta sur d'autres objets. Cette manie de faire tourner
les tables eut néanmoins un résultat important, ce fut de
faire réfléchir beaucoup de personnes sur la possibilité
des rapports entre morts et vivants.
En 1854, on
comptait alors plus de 3.000.000 d’adeptes en Amérique et
une dizaine de milliers de médiums. Les adeptes devinrent
également nombreux en France, mais il manquait encore une
véritable explication, théorique et pratique, de l’étrange
phénomène. C’est à ce moment qu’Allan Kardec qui
s’intéressait depuis une trentaine d’années aux phénomènes
dits du magnétisme animal, de l’hypnotisme et du
somnambulisme, et qui ne voyait dans le nouveau phénomène
qu’un « conte à dormir debout » assista à plusieurs
séances spirites, afin d’étudier de près le bien fondé de
ces apparitions. Loin d’être un enthousiaste de ces
manifestations, et absorbé par ses autres occupations, il
fut sur le point de les abandonner lorsque des proches lui
remirent cinquante cahiers de communications diverses
reçues depuis cinq ans et lui demandèrent de les
synthétiser : ainsi naquit le Livre des Esprits. André
Moreil écrira qu’en étudiant par la méthode positiviste et
en codifiant le spiritisme, « Allan Kardec l’a sauvé du
danger d’être une simple fantaisie, un amusement de
salon. »
A Noter :
- Les tables
étaient mus par une force intelligente.
- Cette
intelligence se désignait elle-même sous le nom
d’ « Esprit ».
- La mode des
« Tables Dansantes » eut pour effet de faire réfléchir
de nombreuses personnes et de développer
considérablement l’idée nouvelle.
- Allan
Kardec lui-même était au début très sceptique vis-à-vis
des phénomènes spirites.
Pour en savoir
plus :
- Le Livre
des Esprits d’Allan Kardec. (introduction, III à V)
- Allan
Kardec, sa vie, son œuvre d’André Moreil. (chap. II)
- Histoire du
Spiritisme de Arthur Conan Doyle. (chap. VI, premiers
progrès…)
La médiumnité a
toujours existé, car l’homme a toujours été esprit. Ainsi
les communications avec les Esprits ont eu lieu à toutes
les époques et dans des contrées diverses. Si les
phénomènes de hantise vécus par la famille Fox au 19ème
siècle ont donné naissance à l’étude du spiritisme et à sa
codification, les faits médiumniques sont aussi anciens
que l’apparition de l’homme et les phénomènes de hantise
ont été observé depuis toujours.
En Inde,
on retrouve dans les Védas, le plus ancien code
religieux que l’on connaisse, paru plusieurs milliers
d’année avant Jésus-Christ, l’existence des Esprits, le
grand législateur Manou s’exprime ainsi : « Les Esprits
des ancêtres, à l’état invisible, accompagnent certains
Brahmes ; sous une forme aérienne, ils les suivent et
prennent place à côté d’eux lorsqu’ils s’asseyent. » (Manou,
Slocas, 187, 188, 189).
Un autre auteur
hindou déclare : « Que longtemps avant qu’elles se
dépouillent de leur enveloppe mortelle, les âmes qui n’ont
pratiqué que le bien acquièrent la faculté de converser
avec les âmes qui les ont précédées. »
En Chine,
on se livre depuis des temps immémoriaux à l’évocation des
esprits des ancêtres.
En Egypte,
les magiciens des pharaons accomplissent des prodiges qui
sont racontés dans la Bible ; en laissant de côté ce qu’il
peut y avoir de légendaire dans ces récits, il est bien
certain qu’ils évoquaient les morts, puisque Moïse, leur
disciple, défend formellement aux Hébreux de se livrer à
ces pratiques : « Que, parmi vous, personne n’use de
sortilège et d’enchantements ou n’interroge les morts pour
apprendre la vérité. » (Deutéronome).
Chez les
hébreux,
malgré cette défense de Moïse, nous voyons Saül aller
consulter la pythonisse d’Endor et, par son intermédiaire,
communiquer avec l’ombre de Samuel. De plus, il y eut
toujours des chercheurs qui furent tentés par ces
évocations mystérieuses : ils se communiquaient les uns
aux autres une doctrine secrète, qu’ils nommaient la
Kabbale.
En Grèce,
la croyance aux évocations était générale. Les temples
possédaient tous des femmes nommées pythonisses, chargées
de rendre des oracles en évoquant les dieux. Homère, dans
l’Odyssée, décrit minutieusement par quelles cérémonies
Ulysse put converser avec l’ombre du devin Tirésias.
Apollonius de Thyane, savant philosophe pythagoricien et
thaumaturge d’une grande puissance, possédait des
connaissances très étendues sur les sciences occultes ; sa
vie fourmille de faits extraordinaires ; il croyait
fermement aux Esprits et à leurs communications possible
avec les vivants.
Chez les
Romains,
les pratiques d’évocation étaient excessivement répandues,
et, depuis la fondation de l’empire, le peuple ajoutait la
plus grande foi aux oracles. Les sibylles romaines
évoquant les morts, interrogeant les Esprits sont sans
cesse consultées par les généraux, et nulle entreprise un
peu importante n’est décidée sans qu’on ait au préalable
pris l’avis de ces prêtresses.
Si nous en
croyons Tertullien, le Spiritisme s'exerçait chez les
anciens par les mêmes moyens qu'aujourd'hui : « S'il est
donné, dit-il, à des magiciens de faire apparaître des
fantômes, d'évoquer les âmes des morts, de pouvoir forcer
la bouche des enfants à rendre des oracles, si ces
charlatans contrefont un grand nombre de miracles, s'ils
envoient des songes, s'ils ont à leurs ordres des
Esprits messagers et des démons par la vertu desquels
les chèvres et les tables qui prophétisent sont un fait
vulgaire, avec quel redoublement de zèle ces esprits
puissants ne s'efforcent-ils pas de faire pour leur propre
compte ce qu'ils font pour le service d'autrui. »
À l'appui des
affirmations de Tertullien, on peut citer un passage d'Ammien
Marcellin, au sujet de Patricius et d'Hilarius traduits
devant un tribunal romain pour crime de magie, qui se
défendirent en racontant « qu'ils avaient fabriqué, avec
des morceaux de laurier, une petite table (mensulam)
sur laquelle ils avaient placé un bassin circulaire, fait
de plusieurs métaux, et contenant un alphabet gravé sur
les bords. Alors, un homme vêtu de lin, après avoir récité
une formule et fait une évocation au dieu de la
divination, tenait suspendu au-dessus du bassin un anneau
en fil de lin très fin et consacré par des moyens
mystérieux. Que l’anneau sautant successivement, mais sans
confusion, sur plusieurs des lettres gravées et d’arrêtant
sur chacune, formait des vers parfaitement réguliers, qui
étaient les réponses exactes aux questions posées. »
Hilarius ajouta : « Un jour, ils avaient demandé qui
succéderait à l’empereur actuel, et, l’anneau, ayant
sauté, donné les syllabes Théo. Ils n’en
demandèrent pas davantage, persuadés que ce serait
Théodore. » Mais les faits, dit Ammien Marcellin,
démentirent plus tard les magiciens, mais non la
prédiction, ce dut Théodose.
En Gaule,
les Druides communiquaient avec le monde invisible, mille
témoignages l’attestent. On évoquait les morts dans les
enceintes de pierre. Les Druidesses et les Bardes
rendaient des oracles. Plusieurs auteurs rapportent que
Vercingétorix s’entretenait avec les âmes des héros morts
pour la patrie. Avant de soulever la Gaule contre César,
il se rendit dans l’île de Sein, antique demeure des
Druidesses. Là, un génie lui apparut et lui prédit sa
défaite et son martyre.
Chez les
premiers chrétiens,
on retrouve dans les Actes des Apôtres de nombreuses
indications quant à la communications avec les esprits des
morts. Saint Paul dans sa première épître aux Corinthiens,
décrits sous le nom de dons spirituels, tous les genres de
médiumnité. Il se déclare instruit directement par
l’Eglise de Jésus dans la vérité évangélique. On
attribuait parfois ces inspirations aux mauvais Esprits, à
ce que certains appelaient l’Esprit de Python : « Mes
bien-aimés, disait Jean, ne croyez pas à tout esprit, mais
éprouvez si les esprits sont de Dieu. »
Les pratiques
spirites furent en usage pendant plusieurs siècles.
Presque tous les philosophes alexandrins, Philon, Ammonius
Saccas, Plotin, Porphyre, Arnobe, se disent inspirés par
des génies supérieurs ; saint Grégoire thaumaturge reçoit
les symboles de la foi de l’Esprit de Saint Jean. Saint
Augustin, le grand évêque d’Hippone, dans son traité De
Curâ pro mortuis, parle des manifestations occultes et
ajoute : « Pourquoi ne pas attribuer ces opérations aux
esprits des défunts et ne pas croire que la divine
Providence fait un bon usage de tout pour instruire les
hommes, les consoler, les épouvanter ? »
Au Moyen-âge,
les persécutions de l’Eglise envers les « hérétiques »
étouffèrent la communication avec le monde invisible mais
la tradition se conserva : on peut la suivre dans
l’histoire avec les noms de Paracelse, Cornélius Agrippa,
Swedenborg, Jacob Boehm, Martinez Pascalis, le comte de
Saint-Germain, Saint-Martin, les possédés de Loudun, les
trembleurs des Cévennes et les crisiaques du cimetière
Saint-Médard.
Aucun
témoignage de l’intervention des Esprits dans la vie des
peuples n’est comparable à l’histoire touchante de la
vierge de Domrémy. Au début du XVème siècle, la
France agonisait sous le pied de fer des Anglais. A l’aide
d’une jeune fille, d’une enfant de dix-huit ans, les
puissances invisibles raniment un peuple démoralisé,
réveillent le patriotisme éteint, enflamment la résistance
et sauvent la France de la mort. Jeanne n’agit jamais sans
consulter ses voix, et, soit sur les champs de bataille,
soit devant ses juges, toujours celles-ci inspirent ses
paroles et ses actes.
De plus on
retrouve la communication avec les Esprits à travers les
« sorciers » ou les « chamans » chez de nombreux peuples
d’Amérique, d’Asie, d’Océanie et d’Afrique
A Noter :
- Les
manifestations des Esprits ont toujours existé, dans des
pays et des époques différentes.
- Les
manifestations des Esprits sont à la base des religions.
Pour en savoir plus :
- Après la Mort
de Léon Denis. (1ère partie, la Doctrine
secrète)
- Le phénomène
spirite de Gabriel Delanne. (1ère partie, chap.
I)
- Le Spiritisme
du Dr Paul Gibier. (1ère partie, chap. IV)
- Le Spiritisme
qu’en savons-nous ? de l’U.S.F.F. (2ème
édition, page 59)
- Histoire du
spiritualisme expérimental de César de Vesme.
Conclusion
Bien que le
Spiritisme ait toujours existé et soit à l’origine de
nombreux phénomènes inexpliqués dans l’histoire, il faudra
attendre le 19ème siècle pour que celui-ci soit
codifié par Allan Kardec qui a appliqué aux phénomènes
spirites la méthode expérimentale. Le Spiritisme n’a pas
été fondé sur la pensée préconçue de l’existence des
Esprits, Allan Kardec est parti d’un point de vue
matérialiste, et, ce point de vue étant impuissant à tout
expliquer, l’observation l’a conduit à la cause
spirituelle : l’Esprit
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